Campagne électorale : un maire doit siffler la fin de la récréation

L'article 450-1 du code pénal stipule que « constitue une association de malfaiteurs tout groupement formé ou entente établie en vue de la préparation (...) d'un ou plusieurs crimes ou d'un ou plusieurs délits (...) ».

Lorsqu'on se réfère à la Loi, ça fait tout de même froid dans le dos de lire le qualificatif d'« association de malfaiteurs » utilisé par une candidate pour désigner un soi-disant cartel incongru et contre-nature qui se constituerait à La Seyne, de l'extrême-droite à toute la gauche, en passant par l'écologie, le centre et la droite républicaine, pour envisager de commettre quelques « crimes ou délits » à son encontre.

Il est de mon devoir de maire de sonner la fin de la récréation.

 

Ça suffit, chère Nathalie Bicais. Les mensonges dont vous avez usé depuis des mois sont pardonnables. Les écarts de langage de votre équipe le sont aussi. Les déferlements de collages d'affiches tous azimuts également. Mais ce qui peut être qualifié de diffamatoire l'est beaucoup moins. Car, dès lors que vous omettez – et pour cause – de démontrer que cette prétendue « association » est, ainsi que la Loi l'exige, « caractérisée par un ou plusieurs faits matériels », vous êtes dans la diffamation pure.

Vous vous réjouirez peut-être de lire la présente réaction, estimant que votre déclaration à Var-matin a été blessante, donc affaiblissante pour l'un de vos adversaires que je suis. Et peut-être même aussi estimerez-vous avec délectation que, réagissant au lieu d'ignorer votre propos comme je le fais à chacun de vos nombreux excès de langage, cette réponse corroborerait le bien-fondé de votre délire mensonger. Et y donnerait crédit auprès de nos concitoyens. Mais vous ne m'atteignez pas. Vous n'instillez pas non plus de doute dans l'esprit des Seynois qui, eux, me connaissent bien.

 

LA PERTE DE SANG-FROID EST-ELLE COMPATIBLE AVEC L'EXERCICE DE RESPONSABILITÉS ?

En revanche, vous vous discréditez un peu plus auprès de nos concitoyens et vous leur donnez le sentiment que vos propos outranciers résultent de votre fébrilité. Or assumer les responsabilités de maire suppose une maîtrise de soi constante, tant les situations difficiles et délicates, exigeant de prendre des décisions, parfois complexes et dans l'urgence, engageantes pour soi-même, une équipe, et une communauté humaine, jalonnent le parcours d'un mandat d'élu local responsable.

En proférant des contrevérités sur la réalité communale, par exemple sur nos finances, en affirmant sans preuve que mon équipe pratiquerait le clientélisme électoral ou que je me disposerais à me faire élire sans vouloir assumer mon mandat, en acceptant que vos colistiers profèrent d'odieux propos sur le président de notre métropole, pourtant de votre sensibilité politique, et autres injustes déclarations fallacieuses dont votre équipe est friande mais qui ne dupent personne, vous nuisez gravement à l'image de tous les acteurs locaux de la vie politique, y compris à la vôtre, mais surtout à ce bien précieux qu'est la démocratie.

 

FRANCHIR LA LIGNE JAUNE DE L'EXTRÊME DROITE NE CONDUIT-IL PAS À FRAGILISER LA DÉMOCRATIE ?

Car les amalgames sont si vite faits et répandus par ceux qui honnissent la démocratie, et vous le savez d'autant plus que vous avez intégré dans votre équipe des personnes qui sont élues ou porte-bannières de cette inquiétante extrême-droite qui, de toute son histoire, n'a eu de cesse de l'utiliser pour accéder au pouvoir à la seule fin de la démanteler.

Il est donc vraiment de mon devoir de premier magistrat d'inviter tous les concurrents à l'élection municipale – y compris donc ma propre équipe – à faire preuve de respect des autres et de retenue, à confronter publiquement leurs propositions plutôt qu'à jeter des anathèmes sur les adversaires, et, ce faisant, à contribuer à redonner au droit – et au devoir civique – de voter ce qu'on ne peut pas appeler ses « lettres de noblesse » lorsqu'on parle d'un acquis fondamental de la République. Mais vous m'avez compris.

 

DOIS-JE PERDRE DU TEMPS AVEC DE VILES BASSESSES OU CONTINUER MON TRAVAIL ?

Moi, je ne disserterai pas plus sur le sujet. Égal à moi-même, je m'occupe de La Seyne et des Seynois. Notre gestion de la crise sanitaire l'a encore récemment prouvé. Et je veux continuer à le faire. Avec la belle nouvelle équipe qui s'est réunie pour prendre la suite des deux belles autres équipes qui ont redressé la ville. Et il y a encore tant à accomplir.

 

Marc Vuillemot, maire de La Seyne